Des centres de données éthiques et économes en ressources ?
Des centres de données éthiques et économes en ressources ?⌗
Si la fabrication des équipements, notamment des terminaux des utilisateurs et des utilisatrices, représente le principal impact, les centres de données ont un impact non négligeable en raison de l’électricité consommée mais aussi de l’énergie et de l’eau nécessaire au refroidissement des installations.
Selon Le Soir, à l’été 2023, le centre de données de Google de Saint-Ghislain, près de Mons, consommait un peu plus d’un million de m2 d’eau par an. L’équivalent, selon les estimations avancées par le journal, de la consommation annuelle d’environ 10 700 ménages wallons. Le site se distingue toutefois d’autres centres de données, car l’eau utilisée est très majoritairement non potable.
Sur cette quantité, 70 % de l’eau puisée part en évaporation lors du processus de refroidissement, tandis que 30 % est rejetée dans l’Haine, à une température que l’entreprise assure « proche de celle de la nature ». Mais l’impact de cette pollution thermique sur la rivière n’est pas précisé.
Du fait de l’usage croissant du cloud et des flux vidéos, et plus encore avec le développement d’applications lourdes telles que l’intelligence artificielle ou les cryptomonnaies, cette consommation des centres de données ne cesse de croître.
Du numérique bio et local ?⌗
En marge des gigantesques centres de données des grandes entreprises du numérique, l’hébergeur associatif Domaine Public, avec lequel notre asbl travaille depuis longtemps, et la jeune coopérative Nubo, toutes deux membres du collectif des CHATONS (pour « Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires »), proposent des services web, mail et cloud bien plus modestes, localisés à proximité de Bruxelles sur la commune de Zaventem.
Si les équipements techniques utilisés restent gourmands en énergie, ces structures se positionnent néanmoins dans une démarche qui tend à réduire les impacts : là où les géants de la tech disposent de machines dans de multiples lieux connectés entre eux pour assurer une redondance absolue en cas de panne, ces hébergeurs alternatifs proposent des services web, mail et cloud, installés sur des serveurs dans un bâtiment bien plus modeste, hébergés localement, plus faillibles, mais ne nécessitant pas le fonctionnement simultané de machines préposées au même service.
Contrairement à ces entreprises, ces « gasap du numérique » embrassent également des modèles économiques qui ne reposent pas sur la publicité, le profiling ou la re- vente de données personnelles. Ce faisant, en comparaison d’autres acteurs du numérique, ces initiatives se placent de fait dans une forme de sobriété, en rupture avec un monde numérique qui favorise la consommation.
Se passer des datacenters, c’est possible ?⌗
DeuxFleurs : des services numériques garantis « sans datacenter »⌗
Face aux problèmes posés par les datacenters, des hébergeurs proposent des solutions alternatives fondées sur l’hébergement à domicile de machines proposant des services web accessibles sur internet. C’est par exemple le cas de DeuxFleurs, membre également du collectif des CHATONS, qui présente son projet d’hébergement utilisant ses « propres infrastructures » en ces termes : « À la place, nous utilisons moins d’une dizaine de vieux ordinateurs reconditionnés à nos domiciles qui peuvent fournir des services numériques à plusieurs dizaines de milliers de personnes. Actuellement ces ordinateurs sont situés à Orsay, Lille et Bruxelles. Nous avons également des machines à Suresnes pour les sauvegardes. »
Au côté de sa démarche d’hébergement hors datacenters, l’association revendique l’utilisation de logiciels libres et se positionne en faveur d’outils informatiques caractérisés comme plus « sobres ».
Jean-Cloud : « Le cloud lent, hébergé près de chez vous ! »⌗
C’est dans cette logique que travaille également l’hébergeur associatif Jean-Cloud. Lors des Journées du Logiciel Libre à Lyon, deux membres de l’association ont présenté une conférence intitulée « Shlagernetes, orchestrateur de décroissance ». Derrière l’appellation « Shlagernetes » se cache le projet d’un outil facilitant le déploiement d’une infrastructure auto-hébergée sur du matériel de récupération, reconditionné pour être utilisé dans un but de fourniture de service internet, et considérée comme intrinsèquement faillible.
Le réusage et l’hébergement hors des datacenters est au cœur de la démarche de Jean-Cloud, mais l’association se démarque aussi par la promotion d’un internet « lent », orienté vers l’économie d’énergie et par l’accompagnement des usagers et des usagères vers une forme de décroissance numérique.
Yunohost : un logiciel pour héberger ses propres services chez soi⌗
Si des hébergeurs tels que DeuxFleurs ou Jean-Cloud se positionnent comme prestataires pour proposer des services hébergés en dehors des centres de données, la démarche de l’auto-hébergement peut aussi être plus individuelle. Cette démarche requiert en principe un certain nombre de compétences techniques en administra- tion réseaux et systèmes.
Le logiciel Yunohost propose toutefois une alternative qui facilite et démocratise cette démarche, rendant possible la gestion d’un serveur et de services web, même sans compétences techniques avancées.
Cette solution peut être utilisée par des petites structures si une personne en leur sein dispose de compétences de base dans l’administration d’un serveur ou avec l’aide d’un prestataire externe pouvant prendre la main en cas de gros problèmes. Fonctionnant sur une base Linux Debian, le logiciel peut être installé sur différents matériels. Yunohost peut équiper un ordinateur un peu ancien qui ne sert plus comme poste de travail en permettant de le réutiliser comme serveur. Il peut aussi équiper des nano-ordinateurs, peu consommateurs en énergie. Certains projets, comme celui de « La Brique Internet » ou le « projet CLIC » facilitent son installation sur de tels dispositifs. En Belgique, l’asbl Neutrinet propose un VPN pour faciliter la démarche d’auto-héberge- ment à l’aide de Yunohost, ce qui rend possible également l’hébergement de boites mail (les fournisseurs d’accès à internet bloquent généralement les ports néces- saires au bon fonctionnement de services mail, ce que le VPN de Neutrinet permet de contourner).
Un centre de données auto-hébergé à la Maison de la Paix ?
Tactic est entre autres un prestataire informatique proposant de la gestion de parcs informatiques mais aussi des services web et cloud. L’impact lié à nos pratiques d’hébergement en datacenter n’est pas négligeable.
Dans le cadre du projet financé par « Bruxelles Économie et Emploi », notre asbl a expérimenté des pratiques alternatives, avec l’emploi de matériel reconditionné mais aussi par l’auto-hébergement de services web. Les services sont alimentés par l’énergie solaire, laquelle est stockée dans des batterie au sel à la Maison de la Paix, où se trouvent nos locaux.
Au sein de cette maison, dans laquelle cohabitent de nombreuxses associations et collectifs, notre objectif est aussi de proposer un espace pédagogique, visibilisant les pratiques d’hébergement et l’infrastructure matérielle sous-jacente à nos usages numériques.
Pour aller plus loin⌗
Chatons.org - https://www.chatons.org/
DeuxFleurs.fr- https://deuxfleurs.fr/
Domaine Public.net https://www.domainepublic.net/
JDLL, « Shlagernetes, orchestrateur de décroissance – Jean-Cloud – JdLL2024 » https://videos-libr.es/w/nfQjraxjeQaa6vt52r3rVQ
Jean-Cloud.net - https://jean-cloud.net
Le Soir, « Le data center belge de Google consomme un million de m3 d’eau par an » https://www.lesoir.be/527232/article/2023-07-24/le-data-center-belge-de-google-consomme-un-million-de-m3-deau-par
Neutrinet.be - https://www.neutrinet.be
Nubo.coop - https://nubo.coop/fr/
YunoHost.org - https://yunohost.org/